dimanche 21 septembre 2008

Les aide-pisseurs.

Avec 40 millions d'indigents bien sonnés, l'Égypte est le royaume des hards-discounters du service à la clientèle: zabbalines (récupèrent les ordures aux portes), nabbachines (trient les détritus), bawabines (font les courses pour les habitants ventrus des immeubles et en profitent pour rapporter prises-de-tête conjuguales et autres douceurs à la police locale) se disputent les largesses des chanceux du miracle égyptien. Si toutes les catégories sus-mentionnées prospèrent aussi thank-you-very-much dans le plus-beau-pays-du-monde, force est de constater que le patrie des pharaons innove avec une catégorie tout à fait surprenante: les aide-pisseurs. Race étrange d'individus dont l'unique préoccupation est d'aider les honnêtes gens à faire leur petite affaire. Dans n'importe quelles toilettes de restaurant, les voilà qui se précipitent pour ouvrir la porte, dirigent le client d'un air complice vers le pissoir, se jettent dès la dernière goutte pour appuyer sur la chasse, lui sourient d'un air entendu pendant qu'il remonte son pantalon, anticipent l'ouverture du robinet dont ils règlent le débit. Il y'a même quelques zélés qui arrivent à tendre du papier ET démarrer le séchoir à main en même temps. Comme d'habitude bien sûr, je n'ai pas de monnaie.

vendredi 8 août 2008

Les Égyptiennes II : Le retour.

Ce matin au boulot, formation en "Gender Equality". Encore des histoires de femmes battues par leurs bedonnants et moustachus maris que je me suis dit pendant ma course-poursuite en Lada du jour. Et bien que nenni. Arrivé au centre local de traitement de la violence domestique, j'apprend que la majeure partie des clients sont des hommes qui souffrent de l'indélicatesse de leurs charmantes (mais néanmoins solides) épouses. Les malchanceux du refuge se plaignent de dépression, d'anxiété et d'impotence. Certains se font battre, ont le nez cassé ou échappent de peu à un infortuné coup de couteau. Les maris impécunieux se font repprocher leur manque de sens des affaires. D'autres encore, un regard un peu trop appuyé sur une voisine en niqab/galabiya de nuit. Le machisme régnant dans la société egyptienne empêche ses malheureux de se plaindre ou de chercher de l'aide ailleurs que dans notre centre. Nos donateurs internationaux sont cependant formels: on coupe les fonds.

samedi 2 août 2008

Ce ventre que je ne saurais voir.

Trompé par les souvenirs poussiéreux de jolies danseuses égyptiennes se trémoussant gracieusement dans de vieux films en noir et blanc, l'arabe de passage au Caire ne peut s'empêcher d'aller visiter un ou deux cabarets de danse orientale en espérant peut-être retrouver parmi les volutes de tabac au miel, un peu de ces moments troubles qui ont égayé nos tendres années...Grossière erreur. Les cabarets du Caire tiennent plus de la colonie de vacances (genre spécial fête du trône) que d'un quelconque lieu de débauche. Sur la scène, une dame bien au delà de l'âge de la ménopause se trémousse en jeans devant une assistance de touristes désemparés alors qu'un individu moustachu s'amuse à lui jeter des coupures de 5 livres. Ces mêmes billets sont récupérés par un employé qui les lui remet une deuxième fois, puis une troisième fois histoire de prolonger un peu plus le quart d'heure de gloire de l'aspirant pacha. Entre temps, des familles entières (avec marmaille et beaux-parents) s'installent au pied de l'estrade, serrent scrupuleusement la main de la danseuse et bons spectateurs, envahissent la scène pour y danser joyeusement. Vérifications faites, il paraîtrait que les frères musulmans n'apprécient guère ces déhanchements publiques fort peu orthodoxes. Du coup pour ce verdir les yeux, il faut cracher 300 livres au Sheraton du coin. Et les filles sont russes.

mardi 29 juillet 2008

Les expats.


Je me suis toujours demandé ce que devenait les premiers de la classe. Les lécheurs de cul de profs, ceux que personne n'aimait et qui ne partageaient jamais leurs notes de cours. Maintenant, je sais: ils sont devenus expats en Égypte et ils sont toujours aussi cons. Ils travaillent comme directeurs financiers pour des grosses boîtes européennes et roulent en BM. Ou bossent dans la défense des droits des enfants et roulent en Toyota Land Cruiser. Race étrange d'individus dont la satisfaction personnelle repose d'abord sur la misère comparée d'autrui. Plus les autres sont pauvres, plus eux ont l'air riche et plus ça les fait triper.Il faut les voir pavaner en short dans les rues de la ville, négocier une livre ou deux (=10 cents) à un marchand de fruits ambulant perplexe ou s'enorgueillir d'avoir laissé la moitié du prix de la course à un chauffeur de taxi incapable de trop s'énerver pour cause de police touristique à proximité. Mais le pire reste sans aucun doute le racisme contre les égyptiens: "tous des serpents" dixit mon ex-patron espagnol lui-même marié à une tunisienne, "immondes, il ne faut jamais leur serrer la main:" voisine allemande installée au Caire depuis 15 ans", "des obsédés sexuels, tout ce qu'ils veulent c'est coucher": une amie pakistanaise , "je ne veux pas d'égyptien chez moi: mon proprio égyptien, self-hater". Heureusement, ils ne sortent pas de Zamalek.

dimanche 27 juillet 2008

Union


Au Mougamma, quartier général de la bureaucratie égyptienne (un seul bâtiment, 15 étages, 18,000 employés, des centaines de couloirs et une dizaine de ministères savamment mélangés afin que personne ne s'y retrouve) le rêve de Nasser: le monde arabe enfin uni sous la supervision bienveillante de la mère-Égypte. Au guichet réservés aux nationaux arabes: une joyeuses foule sémite se bouscule de bon cœur devant des mamans-fonctionnaires impassibles. Des yéménites en jupe traditionnelle, des irakiens débonnaires, des algériens barbus et inquiets, des libanaises siliconées disputent la précieuse attention des guichetières à de pauvres soudanais paumés et à des palestiniens rigolards. Devant le numéro 33 (célèbre guichet où l'on envoit des requérants essoufflés chercher des timbres de trois livres à l'autre bout de la ville - ou attendre 15 jours), un vendeur de boissons en uniforme sert des visiteurs devenus amis par la force des choses. Venu renouveler mon visa business, je repars avec 6 mois touriste.

jeudi 24 juillet 2008

Journée de travail 2.


Une chose sur laquelle l'Égypte est en parfaite harmonie avec le reste du monde: les secrétaires au boulot y foutent que dalle. Confortablement installé sous un immense climatiseur dont le flot froid me souffle directement dans le dos, j'ai le plaisir de voir évoluer la dure journée de la charmante SA - Assistante administrative de son état. 9h00 du matin. Bureau désert. Dans la cuisine, la secrétaire et la directrice des ressources se racontent leur weekend en détail tout en préparant le chef d'œuvre gastronomique du jour: Pain pita et mortadelle (fort pertinemment appelée ici luncheon). 15 minutes plus tard, premier coup de fil de la journée du fiancé qui se fait bruyamment raccrocher au nez. 9h30: Séance de présentation des photos de copines sur l'ordi du boulot avec description détaillée de l'état matrimonial de chaque personne de sexe féminin figurant sur la cinquantaine de clichés au programme. La secrétaire en profite pour me dire que vraiment, elle ne peut pas travailler sans internet. 10h40: Deuxième coup de fil de la journée du fiancé qui sait manifestement s'y prendre. Mon amie rosit de plaisir en gazouillant dans son portable dernier cri. 12h00: déjeuner général dans la cuisine. Des individus nombreux et non identifiés s'y pressent joyeusement. 14h00: 3ème coup de fil du fiancé: la secrétaire abandonne ses ongles pour m'apprendre que son future l'emmène becqueter au Mall de Nasr-City après le boulot. Hardee's et Starbucks me sussure-t-elle d'un air gourmand. 16h00: Arrivée du fiançé en Uno lequel est renvoyé dare dare chercher deux mirandas et un nestlé à la mangue pour la belle. 16h00: Désertion générale au bureau. Entre temps bien sûr, les 16 degrés du climatiseur soufflent toujours.

dimanche 20 juillet 2008

Traversée.

Lonely Planet recommande au touriste prudent de traverser les rues dangereuses du Caire en se glissant subrepticement entre deux locaux tout en appelant à la grâce de Dieu (qui est toujours là lorsqu'on Le demande). Si la méthode est tout à fait recommandée là où elle peut être appliquée, le piéton isolé n'en demeure pas moins confronté à une question existentielle: comment faire pour traverser le flot puissant et incessant de voitures aux freins incertains quand aucune d'entre elle ne semble ralentir et quand la petite fille du gardien (petit bout de chou de 4 ans) s'est faite renverser juste devant. L'option la plus sage reste bien entendu de rentrer chez soi et de regarder MBC3. Pour les situations urgentes, il convient de ne point jouer les matamores et d'attendre patiemment qu'un âne bloque la circulation, que deux microbus fassent barrage ou qu'un flic débraillé (et à peine majeur) se réveille et se mette à invectiver les passants pour tenter la périlleuse traversée. Me voyant hésiter devant une intersection pour le moins chargée, un co-piéton ventru me lance ce conseil plein de bon sens: Il faut courir vite.