Avec 40 millions d'indigents bien sonnés, l'Égypte est le royaume des hards-discounters du service à la clientèle: zabbalines (récupèrent les ordures aux portes), nabbachines (trient les détritus), bawabines (font les courses pour les habitants ventrus des immeubles et en profitent pour rapporter prises-de-tête conjuguales et autres douceurs à la police locale) se disputent les largesses des chanceux du miracle égyptien. Si toutes les catégories sus-mentionnées prospèrent aussi thank-you-very-much dans le plus-beau-pays-du-monde, force est de constater que le patrie des pharaons innove avec une catégorie tout à fait surprenante: les aide-pisseurs. Race étrange d'individus dont l'unique préoccupation est d'aider les honnêtes gens à faire leur petite affaire. Dans n'importe quelles toilettes de restaurant, les voilà qui se précipitent pour ouvrir la porte, dirigent le client d'un air complice vers le pissoir, se jettent dès la dernière goutte pour appuyer sur la chasse, lui sourient d'un air entendu pendant qu'il remonte son pantalon, anticipent l'ouverture du robinet dont ils règlent le débit. Il y'a même quelques zélés qui arrivent à tendre du papier ET démarrer le séchoir à main en même temps. Comme d'habitude bien sûr, je n'ai pas de monnaie.
dimanche 21 septembre 2008
Les aide-pisseurs.
Avec 40 millions d'indigents bien sonnés, l'Égypte est le royaume des hards-discounters du service à la clientèle: zabbalines (récupèrent les ordures aux portes), nabbachines (trient les détritus), bawabines (font les courses pour les habitants ventrus des immeubles et en profitent pour rapporter prises-de-tête conjuguales et autres douceurs à la police locale) se disputent les largesses des chanceux du miracle égyptien. Si toutes les catégories sus-mentionnées prospèrent aussi thank-you-very-much dans le plus-beau-pays-du-monde, force est de constater que le patrie des pharaons innove avec une catégorie tout à fait surprenante: les aide-pisseurs. Race étrange d'individus dont l'unique préoccupation est d'aider les honnêtes gens à faire leur petite affaire. Dans n'importe quelles toilettes de restaurant, les voilà qui se précipitent pour ouvrir la porte, dirigent le client d'un air complice vers le pissoir, se jettent dès la dernière goutte pour appuyer sur la chasse, lui sourient d'un air entendu pendant qu'il remonte son pantalon, anticipent l'ouverture du robinet dont ils règlent le débit. Il y'a même quelques zélés qui arrivent à tendre du papier ET démarrer le séchoir à main en même temps. Comme d'habitude bien sûr, je n'ai pas de monnaie.
vendredi 8 août 2008
Les Égyptiennes II : Le retour.
Ce matin au boulot, formation en "Gender Equality". Encore des histoires de femmes battues par leurs bedonnants et moustachus maris que je me suis dit pendant ma course-poursuite en Lada du jour. Et bien que nenni. Arrivé au centre local de traitement de la violence domestique, j'apprend que la majeure partie des clients sont des hommes qui souffrent de l'indélicatesse de leurs charmantes (mais néanmoins solides) épouses. Les malchanceux du refuge se plaignent de dépression, d'anxiété et d'impotence. Certains se font battre, ont le nez cassé ou échappent de peu à un infortuné coup de couteau. Les maris impécunieux se font repprocher leur manque de sens des affaires. D'autres encore, un regard un peu trop appuyé sur une voisine en niqab/galabiya de nuit. Le machisme régnant dans la société egyptienne empêche ses malheureux de se plaindre ou de chercher de l'aide ailleurs que dans notre centre. Nos donateurs internationaux sont cependant formels: on coupe les fonds.
samedi 2 août 2008
Ce ventre que je ne saurais voir.
Trompé par les souvenirs poussiéreux de jolies danseuses égyptiennes se trémoussant gracieusement dans de vieux films en noir et blanc, l'arabe de passage au Caire ne peut s'empêcher d'aller visiter un ou deux cabarets de danse orientale en espérant peut-être retrouver parmi les volutes de tabac au miel, un peu de ces moments troubles qui ont égayé nos tendres années...Grossière erreur. Les cabarets du Caire tiennent plus de la colonie de vacances (genre spécial fête du trône) que d'un quelconque lieu de débauche. Sur la scène, une dame bien au delà de l'âge de la ménopause se trémousse en jeans devant une assistance de touristes désemparés alors qu'un individu moustachu s'amuse à lui jeter des coupures de 5 livres. Ces mêmes billets sont récupérés par un employé qui les lui remet une deuxième fois, puis une troisième fois histoire de prolonger un peu plus le quart d'heure de gloire de l'aspirant pacha. Entre temps, des familles entières (avec marmaille et beaux-parents) s'installent au pied de l'estrade, serrent scrupuleusement la main de la danseuse et bons spectateurs, envahissent la scène pour y danser joyeusement. Vérifications faites, il paraîtrait que les frères musulmans n'apprécient guère ces déhanchements publiques fort peu orthodoxes. Du coup pour ce verdir les yeux, il faut cracher 300 livres au Sheraton du coin. Et les filles sont russes.
mardi 29 juillet 2008
Les expats.

Je me suis toujours demandé ce que devenait les premiers de la classe. Les lécheurs de cul de profs, ceux que personne n'aimait et qui ne partageaient jamais leurs notes de cours. Maintenant, je sais: ils sont devenus expats en Égypte et ils sont toujours aussi cons. Ils travaillent comme directeurs financiers pour des grosses boîtes européennes et roulent en BM. Ou bossent dans la défense des droits des enfants et roulent en Toyota Land Cruiser. Race étrange d'individus dont la satisfaction personnelle repose d'abord sur la misère comparée d'autrui. Plus les autres sont pauvres, plus eux ont l'air riche et plus ça les fait triper.Il faut les voir pavaner en short dans les rues de la ville, négocier une livre ou deux (=10 cents) à un marchand de fruits ambulant perplexe ou s'enorgueillir d'avoir laissé la moitié du prix de la course à un chauffeur de taxi incapable de trop s'énerver pour cause de police touristique à proximité. Mais le pire reste sans aucun doute le racisme contre les égyptiens: "tous des serpents" dixit mon ex-patron espagnol lui-même marié à une tunisienne, "immondes, il ne faut jamais leur serrer la main:" voisine allemande installée au Caire depuis 15 ans", "des obsédés sexuels, tout ce qu'ils veulent c'est coucher": une amie pakistanaise , "je ne veux pas d'égyptien chez moi: mon proprio égyptien, self-hater". Heureusement, ils ne sortent pas de Zamalek.
dimanche 27 juillet 2008
Union

Au Mougamma, quartier général de la bureaucratie égyptienne (un seul bâtiment, 15 étages, 18,000 employés, des centaines de couloirs et une dizaine de ministères savamment mélangés afin que personne ne s'y retrouve) le rêve de Nasser: le monde arabe enfin uni sous la supervision bienveillante de la mère-Égypte. Au guichet réservés aux nationaux arabes: une joyeuses foule sémite se bouscule de bon cœur devant des mamans-fonctionnaires impassibles. Des yéménites en jupe traditionnelle, des irakiens débonnaires, des algériens barbus et inquiets, des libanaises siliconées disputent la précieuse attention des guichetières à de pauvres soudanais paumés et à des palestiniens rigolards. Devant le numéro 33 (célèbre guichet où l'on envoit des requérants essoufflés chercher des timbres de trois livres à l'autre bout de la ville - ou attendre 15 jours), un vendeur de boissons en uniforme sert des visiteurs devenus amis par la force des choses. Venu renouveler mon visa business, je repars avec 6 mois touriste.
jeudi 24 juillet 2008
Journée de travail 2.

Une chose sur laquelle l'Égypte est en parfaite harmonie avec le reste du monde: les secrétaires au boulot y foutent que dalle. Confortablement installé sous un immense climatiseur dont le flot froid me souffle directement dans le dos, j'ai le plaisir de voir évoluer la dure journée de la charmante SA - Assistante administrative de son état. 9h00 du matin. Bureau désert. Dans la cuisine, la secrétaire et la directrice des ressources se racontent leur weekend en détail tout en préparant le chef d'œuvre gastronomique du jour: Pain pita et mortadelle (fort pertinemment appelée ici luncheon). 15 minutes plus tard, premier coup de fil de la journée du fiancé qui se fait bruyamment raccrocher au nez. 9h30: Séance de présentation des photos de copines sur l'ordi du boulot avec description détaillée de l'état matrimonial de chaque personne de sexe féminin figurant sur la cinquantaine de clichés au programme. La secrétaire en profite pour me dire que vraiment, elle ne peut pas travailler sans internet. 10h40: Deuxième coup de fil de la journée du fiancé qui sait manifestement s'y prendre. Mon amie rosit de plaisir en gazouillant dans son portable dernier cri. 12h00: déjeuner général dans la cuisine. Des individus nombreux et non identifiés s'y pressent joyeusement. 14h00: 3ème coup de fil du fiancé: la secrétaire abandonne ses ongles pour m'apprendre que son future l'emmène becqueter au Mall de Nasr-City après le boulot. Hardee's et Starbucks me sussure-t-elle d'un air gourmand. 16h00: Arrivée du fiançé en Uno lequel est renvoyé dare dare chercher deux mirandas et un nestlé à la mangue pour la belle. 16h00: Désertion générale au bureau. Entre temps bien sûr, les 16 degrés du climatiseur soufflent toujours.
dimanche 20 juillet 2008
Traversée.
Lonely Planet recommande au touriste prudent de traverser les rues dangereuses du Caire en se glissant subrepticement entre deux locaux tout en appelant à la grâce de Dieu (qui est toujours là lorsqu'on Le demande). Si la méthode est tout à fait recommandée là où elle peut être appliquée, le piéton isolé n'en demeure pas moins confronté à une question existentielle: comment faire pour traverser le flot puissant et incessant de voitures aux freins incertains quand aucune d'entre elle ne semble ralentir et quand la petite fille du gardien (petit bout de chou de 4 ans) s'est faite renverser juste devant. L'option la plus sage reste bien entendu de rentrer chez soi et de regarder MBC3. Pour les situations urgentes, il convient de ne point jouer les matamores et d'attendre patiemment qu'un âne bloque la circulation, que deux microbus fassent barrage ou qu'un flic débraillé (et à peine majeur) se réveille et se mette à invectiver les passants pour tenter la périlleuse traversée. Me voyant hésiter devant une intersection pour le moins chargée, un co-piéton ventru me lance ce conseil plein de bon sens: Il faut courir vite.
samedi 19 juillet 2008
Directions.

En Égypte, personne ne sait où se trouve quoi que ce soit. Pour avoir passé des heures à tourner en rond dans des vieilles Lada des années 60, j'ai commencé à prendre la précaution systématique de demander à mon conducteur s'il connait oui on non, le lieu de ma destination. À une question simple qui ne souffre que deux réponses possibles, les chauffeurs de taxis égyptiens impressionnent par la qualité de leur imagination et se divisent en six catégories bien précises. Les indécis ("Oui", "non", "je ne sais pas", "je crois"), les catégoriques ("Absolument!" avec des variantes: "j'y étais à l'instant", "ma belle-mère habite pas loin", etc.), les amnésiques ("Oui", puis 10 min plus tard: "où est-ce que tu veux aller déjà?", "On n'a jamais dit 15 livres"), les religieux ("On va y arriver par la grâce de Dieu tout puissant"), les très religieux ("on va y arriver par la grâce de Dieu tout puissant, s'Il veut pas qu'on arrive, on n'arrivera pas") et les plaisantins ("ça n'existe pas"). Ce qui est sûr c'est que aucun d'entre ne sait où se trouve quoi que ce soit et que le chauffeur va systématiquement s'arrêter tous les 4 mètres pour demander à des passants qui préfèreront se couper un bras plutôt que d'avouer qu'ils ne savent pas non plus. Et je me surprend à penser avec tendresse aux taxis de Casa.
mardi 15 juillet 2008
Agents de paix

Le Caire est une ville extrêmement sécuritaire où il est carrément impossible de se faire dépouiller. Pour l'heureux citoyen, l'ordre public est garanti par un milliard de flics disposés en trios partout où il y'a quelque chose à garder: Les ambassades, le métro, les ponts, les monuments touristiques et bien sûr devant chez moi. Pour l'innocent chaland, pas moyen de faire un pas dans la rue sans croiser le fameux trio d'agents en blanc, opportunément affalés sur des chaises en rotin et tenant négligemment des mitraillettes automatiques. Pays où la conscription est une priorité, l'Égypte canalise donc la fougue de sa jeunesse en l'envoyant garder tout ce qui a une ombre. Mais les égyptiens qui ont tout compris avant les autres ont cependant une règle remarquable de justesse. Moins on fait d'études, plus de temps on est flic. Ce qui montre bien que l'Égypte-mère-du-monde assume: un poulet, c'est vraiment con.
dimanche 13 juillet 2008
Du beurre dans sa Taamiya

Si Moïse avait vécu assez longtemps, il aurait facilement pu rajouter l'inflation à sa longue liste de plaies égyptiennes. Depuis que j'ai appris que le chauffeur était payé 400 livres rachitiques et la secrétaire 1000, je me demande toujours comme les gens du pays font pour se débrouiller quand le ticket de métro coûte une livre et le kilo de riz 4. J'ai eu ma réponse aujourd'hui. La secrétaire, la directrice logistique et celle des ressources humaines collées autour d'un plat de foul. L'égypte est un pays qui se serre collectivement la ceinture. En bas du boulot, un resto français (qui a tout compris dès le début) snobe les locaux et sert des gâteaux hors-de-prix à des expatriés en sandales. À côté de moi, deux escogriffes anglais s'indignent: Pas assez salé leur fromage.
samedi 12 juillet 2008
Voiles.
La population féminine égyptienne se divise en trois groupes bien distincts. Les voilées, les ninjas et les super-ninjas. Les premières se cachent les cheveux sans pour autant céder quoi que ce soit aux exigences de la coquetterie (voir billet précédent). Les secondes se couvrent l'intégralité du visage et du corps à l'aide d'une simili-burqa de couleur noire (marron foncé pour les plus aventureuses) et ne laissent voir que les mains, les pieds et les yeux. À ces deux groupes, une troisième catégorie de super-ninjas donne le change en ne laissant absolument rien paraître. Pour ces premières de la classe de Dieu, tout dans la femme est sujet à excitation sexuelle et doit donc être caché de la vue de ces hommes si facilement dévoyables. Les mains sont donc cachées sous d'épais gants noirs afin d'éviter de provoquer l'appétit des fétichistes des doigts, les pieds sont couverts de chaussettes pour neutraliser les obsédés du talon et même les yeux sont couverts afin de couper tout espoir aux âmes sensibles. Au KFC du coin, tout ce beau monde suit religieusement les derniers clips libanais sur Mélody Hits.
vendredi 11 juillet 2008
Journée de travail.

Aujourd'hui au boulot, sortie scolaire. Au programme de la journée, visite des quartiers pourris du Caire. En basquettes et lunettes de soleil à 8h30, j'attends mes accompagnateurs qui arrivent deux heures plus tard, déclarent à l'unanimité qu'une dure journée de travail ne peut se faire sans petit-déjeuner respectable, et envoient illico l'aide du bureau ravitailler l'expédition en 3eesh et hummus. Une heure dans les rues pentues des sales quartiers du Caire plus tard, une deuxième pause-café est décidée. L'équipe s'installe au fond d'une terrasse bien en face d'une vieille télé, commande cafés et chichas et se met à suivre attentivement la deuxième moitié d'un film de Farid Al-Atrach. Une demi-douzaine de chansons et un mariage plus tard, mes accompagnateurs réalisent soudain que décidément, il fait bien trop chaud et qu'il y a pas moyen d'envoyer courir un musulman dehors. Nous voilà donc de retour au bureau où je retrouve la deuxième moitié de l'équipe, joyeusement réunie autour d'un concours de Backgammon en ligne.
mercredi 9 juillet 2008
Réputations.

Pour l'égyptien moyen, les marocains sont d'abord de dangereux sorciers bons pour le bûcher. Je croyais très honnêtement que la légèreté de mœurs de mes charmantes compatriotes allait me précéder mais non, ils paraît que ne sommes utiles qu'à jeter des sorts, casser les couples et rendre impuissants les honnêtes gens. Mahmoude, qu'une 3ejja partagée à midi a soudainement rendu plus familier, me demande d'un air effrayé si ça fonctionne vraiment. Et comment.
mardi 8 juillet 2008
Salamalecs,
À l'égyptien auquel on demande un service, plusieurs réponses très imagées (et flatteuses de prime à bord pour l'arabophone non-averti) sont possibles (post à venir). L'expérience m'a toutefois appris que l'air convaincu du plombier, la ferme poignée de main du coursier ou le sourire angélique de la femme de ménage ne garantissaient en rien la réalisation dudit service. Quelques mésaventures récentes m'ayant rapidement ouvert les yeux, j'ai enfin compris que l'intensité dramatique de la réponse était en fait inversement proportionnelle à la qualité du service rendu. Au coursier qui répond (ala ra'ssi = sur ma tête) comprendre "Je ne sais pas comment faire, mais y'a moyen d'improviser", au portier qui dit (ala 3youni = sur mes deux yeux en les pointant du doigt) comprendre "je n'ai aucune idée de quoi tu parles mais je sens qu'il y'a du flouze à chercher et je vais pas te lâcher". Wael du bureau m'a juré sur la vie de ses enfants qu'il allait réparer ma machine à laver. Forcément je m'inquiète un peu.
dimanche 6 juillet 2008
Tendresse masculine

Si le marocain que je suis est depuis longtemps habitué aux marques d'affection publiques entre hommes virils et hétéro (le fameux duo de maçons marocains se tenant par le petit doigt de la main étant un classique), les Egyptiens ne manquent pas de m'étonner une fois encore. Aujourd'hui dans le métro, 3 jeunes coptes d'une vingtaine d'années s'installent à ma droite. Avec de la place pour deux, l'un d'entre eux se pose paisiblement sur les jambes de ses deux amis. Jusque là rien de très spécial jusqu'à ce que deux d'entre eux se prennent par la taille et commencent à s'embrasser bruyamment sur l'épaule puis sur le cou sans que personne autour ne semble s'en offusquer. Vérifications faites avec la secrétaire du boulot, j'avais pas trop raison d'être étonné parceque honni soit qui mal y pense.
Les hauts-parleurs

Papa n'avait pas menti, pas moyen de dormir tranquille en ville. À toute heure du jour ou de la nuit, ça klaxonne, s'égosille, se court derrière, fête la circoncision du petit dernier, se fâche pour toujours avant de se réconcilier 10 min plus tard avec en trame de fond, le muezzin du coin qui appelle et rappelle les croyants à la prière. Le weekend-end, c'est kermesse. De mon balcon, j'ai eu droit cette semaine au prêche complet du vendredi, spécial relations de couple. Cool dans ma chambre, j'ai pu méditer sur les vertus des bons époux. La femme qui, c'est bien connu, manque de cervelle et de religion, doit apprendre à ne pas trop prendre la tête au mari qui en retour, se gardera d'utiliser le gourdin. Le soir venu, de drôles d'oiseaux tapent à ma porte: garçons de rue venus récupérer tout ce qui peut-être recyclé. Ceux-là n'ont aucune notion de l'heure et cognent à la porte jusqu'à ce que mort s'en suive. J'envie mon portier qui lui dort du sommeil du juste.
vendredi 4 juillet 2008
Les égyptiennes.

Loin d'être ce lieu d'abstinence forçée que me peignait un ami malchanceux, l'Égypte est le pays des voilées bien moulées, des prudes salopes et des bigotes nymphomanes. Si mes chères compatriotes avaient déjà traçé le chemin en développant l'art subtil de l'habillement schizophrénique (voile en haut, jean serré en bas), les égyptiennes en sont devenues les maîtresses. Le regard provoquant, la poitrine agressive, les fesses coquines, tout est fait pour étourdir le passant distrait. Au métro du coin, la vendeuse de yaourts me lance un clin d'œil nonchalant sous son magnifique voile fushia. Et je me prend à rêver de noces en fanfare et de nuits d'amour sur les toits.
jeudi 3 juillet 2008
Système pileux

Au royaume des hommes couillus (des vrais), la moustache est reine. Tous se l'arborent fièrement: Touffue, volontaire, la moustache inspire instinctivement le respect au pauvre interlocuteur imberbe. Sa seule présence accorde à son géniteur une aura de respectabilité qui lui vaut de pouvoir taper sans hésiter sur le dos de son voisin, de rire très fort en discutant du dernier match Égypte-Maroc et de donner un avis définitif sur les qualités respectives des différents femmes arabes. Éternel adolescent, le non-moustachu passe pour quantité négligeable tout bon à être regardé avec un curieux mélange de pitié et d'ironie. Pour l'handicapé de la lèvre supérieure point d'avis sur al-ahli ou de regard connaisseur sur le cul de la voisine. Deuxième-classe du poil, il est privé de parole pour l'éternité.
To be or not to be.

Depuis mon arrivée à pays, ma qualité d'arabe non-egyptien attire chez tous mes interlocuteurs des remarques existentielles mais néanmoins contradictoires. Certains affirment haut et fort que j'ai une tête d'égyptien et que je ressemble à s'y tromper au beau-frère de l'un ou au cousin de l'autre. D'autres jurent leur grand Dieu qu'ils me verraient arriver à des kilomètres et que des têtes comme la mienne ne sont faites qu'en Syrie ou au Liban. Réunissant, les deux avis, Mahmoud du bureau m'apprend aujourd'hui que j'ai un double en la personne de son beau-frère libyen. Refusant de tremper dans la polémique, les chauffeurs de taxi me font très plaisir en me demandant à chaque fois le double du prix du trajet.
mercredi 2 juillet 2008
La lecture du Coran
Au Caire, la lecture constante du Coran n'implique en aucun cas un quelconque changement de comportement (ou d'humilité). Si tout le monde semble lire et relire le saint livre à longueur de journée, les mots sacrés de Dieu ne semblent empêcher ni la vendeuse de mobinil de tomber à bras raccourcis sur son fils vendeur coupable d'avoir laissé filer une jeune suisse blanche comme une oie ou l'épicier du coin de me compter ostensiblement le double des 3 crêpes que je viens de m'acheter.
La mosquée-buissonière.
Les Cairotes s'onergueillissent de leur tâche au front comme d'autres de la taille de leur pénis. Plus c'est gros, plus c'est beau. Les bigots se l'affichent de préférence brune, large comme une pièce de deux dollars et préférablement en plein milieu du front. Les coquets s'arrangent pour l'avoir un peu plus en retrait à la racine des cheveux. Tous portent sur leur visage la preuve durement gagnée d'une vie de prosternation. Les autres, les paresseux de la prière, les dilettantes de la religion s'en font une à l'occasion à coup de pierre sur le front. Ces escrocs de Dieu rattrapent ainsi une vie de farniente et se refont une nouvelle virginité publique (au grand étonnement on peut l'imaginer des connaissances de ces rigolos hier mécréants et aujourd'hui bon musulmans). Mais Allah pardonne tout. Les vaincus.
Le Caire et ses centaines de milliers d'auxilliaires. On les trouve dans tous les bureaux, dans la moindre petite entreprise, ils sont là à faire mille et un gestes que leurs collègues moins mal payés refusent de faire: préparer le thé, éplucher des légumes, monter les collations de l'après-midi, faire la vaisselle, les courses...À l'image de Mahmood du bureau, pauvre bougre de 32 ans au sourire triste et à la chemise (toujours la même) impeccablement repassée. À côté du souffre douleur officiel, deux ou trois bougres à la dégaine tout aussi miteuse semblent avoir une position sociale mystérieusement plus élevée. Me prenant tout à coup pour César, j'envoie le premier qui traîne me chercher une bouteille d'eau.
Casablanca, Maroc - Terminal 2

À l'aeroport 4h à l'avance pour cause de lift pressé mais c'est déjà ça de gagné sur le train (et le bus et le taxi). Des Khaligis barbus et saouls plein le nouveau terminal, quelques putes en partance pour le golf et partout des douaniers. Des magnanimes, des pointilleux, des soupconneux, des rigolards, des qui s'en battent les couilles. Une jeune campagnarde de 15 ans m'aborde à l'heure de l'embarquement: me prend pour un français, s'excuse de venir de Moulay Driss et m'avoue en rougissant qu'elle est bien contente de rejoindre sa tante au Caire. Là-bas au moins, elle pourra avoir des amis qu'elle me dit. Oui, beaucoup.
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