samedi 19 juillet 2008

Directions.


En Égypte, personne ne sait où se trouve quoi que ce soit. Pour avoir passé des heures à tourner en rond dans des vieilles Lada des années 60, j'ai commencé à prendre la précaution systématique de demander à mon conducteur s'il connait oui on non, le lieu de ma destination. À une question simple qui ne souffre que deux réponses possibles, les chauffeurs de taxis égyptiens impressionnent par la qualité de leur imagination et se divisent en six catégories bien précises. Les indécis ("Oui", "non", "je ne sais pas", "je crois"), les catégoriques ("Absolument!" avec des variantes: "j'y étais à l'instant", "ma belle-mère habite pas loin", etc.), les amnésiques ("Oui", puis 10 min plus tard: "où est-ce que tu veux aller déjà?", "On n'a jamais dit 15 livres"), les religieux ("On va y arriver par la grâce de Dieu tout puissant"), les très religieux ("on va y arriver par la grâce de Dieu tout puissant, s'Il veut pas qu'on arrive, on n'arrivera pas") et les plaisantins ("ça n'existe pas"). Ce qui est sûr c'est que aucun d'entre ne sait où se trouve quoi que ce soit et que le chauffeur va systématiquement s'arrêter tous les 4 mètres pour demander à des passants qui préfèreront se couper un bras plutôt que d'avouer qu'ils ne savent pas non plus. Et je me surprend à penser avec tendresse aux taxis de Casa.

mardi 15 juillet 2008

Agents de paix


Le Caire est une ville extrêmement sécuritaire où il est carrément impossible de se faire dépouiller. Pour l'heureux citoyen, l'ordre public est garanti par un milliard de flics disposés en trios partout où il y'a quelque chose à garder: Les ambassades, le métro, les ponts, les monuments touristiques et bien sûr devant chez moi. Pour l'innocent chaland, pas moyen de faire un pas dans la rue sans croiser le fameux trio d'agents en blanc, opportunément affalés sur des chaises en rotin et tenant négligemment des mitraillettes automatiques. Pays où la conscription est une priorité, l'Égypte canalise donc la fougue de sa jeunesse en l'envoyant garder tout ce qui a une ombre. Mais les égyptiens qui ont tout compris avant les autres ont cependant une règle remarquable de justesse. Moins on fait d'études, plus de temps on est flic. Ce qui montre bien que l'Égypte-mère-du-monde assume: un poulet, c'est vraiment con.

dimanche 13 juillet 2008

Du beurre dans sa Taamiya


Si Moïse avait vécu assez longtemps, il aurait facilement pu rajouter l'inflation à sa longue liste de plaies égyptiennes. Depuis que j'ai appris que le chauffeur était payé 400 livres rachitiques et la secrétaire 1000, je me demande toujours comme les gens du pays font pour se débrouiller quand le ticket de métro coûte une livre et le kilo de riz 4. J'ai eu ma réponse aujourd'hui. La secrétaire, la directrice logistique et celle des ressources humaines collées autour d'un plat de foul. L'égypte est un pays qui se serre collectivement la ceinture. En bas du boulot, un resto français (qui a tout compris dès le début) snobe les locaux et sert des gâteaux hors-de-prix à des expatriés en sandales. À côté de moi, deux escogriffes anglais s'indignent: Pas assez salé leur fromage.

samedi 12 juillet 2008

Voiles.

La population féminine égyptienne se divise en trois groupes bien distincts. Les voilées, les ninjas et les super-ninjas. Les premières se cachent les cheveux sans pour autant céder quoi que ce soit aux exigences de la coquetterie (voir billet précédent). Les secondes se couvrent l'intégralité du visage et du corps à l'aide d'une simili-burqa de couleur noire (marron foncé pour les plus aventureuses) et ne laissent voir que les mains, les pieds et les yeux. À ces deux groupes, une troisième catégorie de super-ninjas donne le change en ne laissant absolument rien paraître. Pour ces premières de la classe de Dieu, tout dans la femme est sujet à excitation sexuelle et doit donc être caché de la vue de ces hommes si facilement dévoyables. Les mains sont donc cachées sous d'épais gants noirs afin d'éviter de provoquer l'appétit des fétichistes des doigts, les pieds sont couverts de chaussettes pour neutraliser les obsédés du talon et même les yeux sont couverts afin de couper tout espoir aux âmes sensibles. Au KFC du coin, tout ce beau monde suit religieusement les derniers clips libanais sur Mélody Hits.

vendredi 11 juillet 2008

Journée de travail.


Aujourd'hui au boulot, sortie scolaire. Au programme de la journée, visite des quartiers pourris du Caire. En basquettes et lunettes de soleil à 8h30, j'attends mes accompagnateurs qui arrivent deux heures plus tard, déclarent à l'unanimité qu'une dure journée de travail ne peut se faire sans petit-déjeuner respectable, et envoient illico l'aide du bureau ravitailler l'expédition en 3eesh et hummus. Une heure dans les rues pentues des sales quartiers du Caire plus tard, une deuxième pause-café est décidée. L'équipe s'installe au fond d'une terrasse bien en face d'une vieille télé, commande cafés et chichas et se met à suivre attentivement la deuxième moitié d'un film de Farid Al-Atrach. Une demi-douzaine de chansons et un mariage plus tard, mes accompagnateurs réalisent soudain que décidément, il fait bien trop chaud et qu'il y a pas moyen d'envoyer courir un musulman dehors. Nous voilà donc de retour au bureau où je retrouve la deuxième moitié de l'équipe, joyeusement réunie autour d'un concours de Backgammon en ligne.

mercredi 9 juillet 2008

Réputations.


Pour l'égyptien moyen, les marocains sont d'abord de dangereux sorciers bons pour le bûcher. Je croyais très honnêtement que la légèreté de mœurs de mes charmantes compatriotes allait me précéder mais non, ils paraît que ne sommes utiles qu'à jeter des sorts, casser les couples et rendre impuissants les honnêtes gens. Mahmoude, qu'une 3ejja partagée à midi a soudainement rendu plus familier, me demande d'un air effrayé si ça fonctionne vraiment. Et comment.

mardi 8 juillet 2008

Salamalecs,

À l'égyptien auquel on demande un service, plusieurs réponses très imagées (et flatteuses de prime à bord pour l'arabophone non-averti) sont possibles (post à venir). L'expérience m'a toutefois appris que l'air convaincu du plombier, la ferme poignée de main du coursier ou le sourire angélique de la femme de ménage ne garantissaient en rien la réalisation dudit service. Quelques mésaventures récentes m'ayant rapidement ouvert les yeux, j'ai enfin compris que l'intensité dramatique de la réponse était en fait inversement proportionnelle à la qualité du service rendu. Au coursier qui répond (ala ra'ssi = sur ma tête) comprendre "Je ne sais pas comment faire, mais y'a moyen d'improviser", au portier qui dit (ala 3youni = sur mes deux yeux en les pointant du doigt) comprendre "je n'ai aucune idée de quoi tu parles mais je sens qu'il y'a du flouze à chercher et je vais pas te lâcher". Wael du bureau m'a juré sur la vie de ses enfants qu'il allait réparer ma machine à laver. Forcément je m'inquiète un peu.